vendredi 29 mai 2015

Magie de l'instant



Sur le vif, à deux blocs de chez moi...
(Cliquez pour zoomer)



Cunégonde ! Gédéon ! Saturnin ! Violette ! Dépêchez-vous voyons! 
-Mais maman, on n'est pas dans les clous ...
-Oui, Bon , ben...tant pis, il faut sortir des chantiers battus, et puis, on n'a plus le temps de changer d'avis, allez hop ! fissa ou on va se faire tailler un costume sur mesure...
-Mais non, regarde, maman, l'air hébété de la conductrice : on dirait une poule qui a vu un couteau.
-En l'occurrence, en fait de poules, je vous rappelle que nous sommes des canards, mes poussins. Faudrait voir à faire le distinguo.
- Hééé ! Elle nous prend en photo ! C'est pour le Festival de canes... Souriez !
Et moi, collée à mon Iphone, en plein milieu de la rue, je me suis dit :
« Mais comment se fait-ce ? Si loin du lac...» 

Et le temps a suspendu son vol.
¸¸.•*¨*• ☆



lundi 25 mai 2015

Les moulins de nos coeurs...


De mon sud...


...au nord d'AlainX





















J’ai toujours aimé les moulins. Le mot est doux. Il emplit la bouche très sensuellement, comme une liqueur, en donnant une belle forme arrondie à la langue et aux lèvres. C'est pourquoi, même si je comprends métaphoriquement tous les combats perdus d'avance des Don Quichotte de tous poils, (j’en ai mené moi-même beaucoup ! ) jamais je n’aurais fait de mal à un moulin.


Tu es si symbolique, cher moulin, au croisement cardinal de quatre éléments vitaux…C’est l’eau qui coule, le vent qui souffle, le blé qui lève, le pain qui nourrit. C’est la ronde régulière et cosmique des ailes et de la meule qui tournent sans fin comme les planètes. Comment ne pas y voir une des fondations profondes, un des piliers de ce qui nous constitue et nous relie à la nature, à la terre et à l’air, un gardien tutélaire de notre humanité, de notre histoire, un témoin, une sentinelle veillant sur nos débordements insensés…
Enfant, je me réfugiais au milieu des lapins de Fontvieille, lisant et relisant le premier chapitre des Lettres de Daudet, me délectant de ses descriptions déjà très écologiques de l’auteur, qui se réjouissait de s’être retiré loin des noirceurs parisiennes pour y respirer un bon air plein de thym et de farigoulette…J’en ai gardé une tendresse pour ces boules de poils et leurs petits derrières blancs, et l'amour du pays de Giono et Pagnol.
Le moulin de Jemmapes des lapins…je fus un peu déçue d’apprendre, plus tard, que Jemmapes était en Belgique, et le théâtre d’une bataille. Pour moi, cela se trouvait forcément en Provence, quelque part entre Aubagne et les Baux…

Je me serais bien vue, si j’avais été riche,  retaper un de ces géants déchus devenus inutiles, castrés par l’industrialisation, aux ailes muettes et déchirées, pour lui redonner une vie et m’y blottir les jours de tempête intérieure. Et y écrire le chant du monde.
En écoutant la chanson de Michel. Michel le Grand, le bien nommé. Le talent fait homme. Les moulins de mon cœur. Trop entendue, bien sûr, décriée, détestée, sans doute, mais moi, comme je l’aime, ce poème d’amour splendide, intemporel. Ces violons caressants, ce rythme languide sans être mièvre, et surtout, ces mots inimitables dans leur simplicité somptueuse et leur triste gaité. Chaque vers y est une perfection. Chaque note un rendez-vous.
« Comme un manège de lune avec ses chevaux d’étoiles…comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie… »

Ah la la ! Être un jour, un jour seulement, la femme à qui ces mots s’adressent. Et puis mourir…


¸¸.•*¨*• ☆


mercredi 20 mai 2015

Mon frère

Dans un berceau de nuages tu es parti, frêle chose qui n'a pas eu le temps de respirer très longtemps dans cette vallée de pleurs ... Mon frère, Hervé. Tu es devenu un ange. C'est du moins ainsi que l'on m'a expliqué ta disparition, et j'y ai cru toute mon enfance. En ce temps-là, on ne savait pas soigner ta maladie.
Je pense souvent à toi. Que serais-tu devenu ?  Aurais-tu fondé une famille ? 
Serais-tu blond ? Serais-tu chauve ? Quel métier aurais-tu choisi ? J'aurais tant aimé te connaître...

C'est drôle d'avoir eu un frère, et de ne pas l'avoir connu...j'avais deux ans, tu sais, quand tu es parti, et pour moi, tu n'as été longtemps qu'un concept. Une espèce de héros dont on ne parlait qu'avec une voix un peu voilée, lointaine...Parfois, je culpabilise de n'être pas vraiment triste de ta disparition...Je ne me souviens de rien. Car l'attachement, on le sait, se construit dans le "chaque jour un peu plus", dans les gestes quotidiens, les jeux, les rires, les frissons et les larmes.
Je ne sais pas pourquoi je pense à toi ce soir. Non, je ne sais pas quelle étrange force décide de rappeler nos souvenirs à la surface comme des bulles.
Et toi, maman, t'es-tu jamais vraiment remise de cet arrachement?  Bien sûr, dans ces années-là, perdre un enfant était plus courant que maintenant. Mais était-ce moins douloureux ? Je mesure quelle a dû être ta souffrance. Sans doute est-elle une part des lâcher-prise de ta conscience, ces derniers temps. Tu es forte. Moi il me semble qu'à ta place je serais devenue folle.
¸¸.•*¨*• ☆

Photo du net.  
Je crois que dans mon idée, 
tu aurais ressemblé un peu 
à Paul Walker enfant...