mardi 9 février 2016

Tendre corps féminin

Attention, ce billet comporte de nombreuses images de dames sans ornement, dans le simple appareil d'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil. (Racine, Britannicus)



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" Avant que de parler, prenez donc ce mouchoir- Comment ?- Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées…" 
 Tartuffe, III, 2 (v. 860-862)

***








Il semblerait que les tartuffes du XXI° siècles soient toujours là pour voiler les statues et jeter l'opprobre sur les femmes, source évidemment  de tous les maux de la terre, avec "leurs appâts du haut jusqu'en bas"... La feuille de vigne revient, et sous sa forme la plus radicale.

En attendant qu'Anastasie ne me frappe de sa main vengeresse, ce billet est un acte de résistance. 
Résistance devant Face de Bouc, par exemple,  qui censure le moindre centimètre carré de peau suspecte. 
Résistance devant tous les reculs manifestes de la lumière humaniste.
Une exposition a été interdite en Belgique  « par souci de ne pas choquer ». 
Sur le net, des prédicateurs de plus en plus agités du bocal sont pris de tremblements en fustigeant la nouvelle Eve, coupable, toujours coupable...Ça craint !
Partout, le puritanisme et l'obscurantisme gagnent du terrain. Plus loin, les statues antiques sont déboulonnées de leurs socles. On prend des mines outragées devant un bout de sein, et personne ne s'inquiète de l'obscénité qui consiste à donner des armes à feu à des enfants de cinq ans... 
C'est un peu affligeant tout ça, en deux mille seize...


La nudité (et notamment celle de la femme) ne cessera-t-elle donc jamais d'être un objet de "péché" ?  Une tentation immorale ? Un symbole du "diable" et autres balivernes ? 
Certes,  il est vrai que son utilisation commerciale à tout crin par la société mercantile n'est pas jolie-jolie non plus, en réduisant les femmes à des arguments de vente.

Mais ils ne connaissent pas le juste milieu, ces doryphores à poils durs ? 
Ne serait -il pas possible que le tendre corps féminin, avec qui Brassens a "toujours fait bon ménage" soit simplement une source de beauté, de contemplation, ou d' inspiration poétique ? Sans idées salaces ou puritaines ?
En tous cas, je ne parviens simplement pas à imaginer qu'un jour, on pourrait n'avoir plus le droit d'admirer toutes ces oeuvres d'art si belles et si familières.



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La dormeuse, par Auguste Renoir

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HorseandRiders-copy
Allan Teger
(Cliquer sur la photo pour découvrir son oeuvre )




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Lucien Clergue


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peinture huile le havre soluto
Oeuvre de mon ami Soluto, droits réservés


parfum-aubade



A mes chères lectrices, qui, je pense, sont fières d'être des femmes libres.
A mes chers lecteurs qui, je pense, aiment les femmes comme elles sont.


¸¸.•*¨*• ☆

dimanche 7 février 2016

Sur l'île déserte il faut tout emporter

ile déserte

Quand je pense que je suis tombée dans ce piège fatal, ce truc récurrent qu'on nous ressort à tout bout de réunion d'amis ou d'apéro au café du Commerce. 
La question qui tue, cornélienne, réductrice, torturante : « Qu'est-ce ce que tu emporterais sur une île déserte ? »

D'abord, elle est où, cette île déserte ? Avouez que c'est bizarre, comme postulat de base... Et pourquoi, tout d'un coup, serait-on obligé de quitter une vie sociale et culturelle riche et variée pour se retrouver seul sous quatre malheureux cocotiers, coincé entre deux immensités bleues, avec pour tout bagage quelques indispensables que l'on ne tardera pas à détester à force de n'avoir que ça à se mettre sous la dent ? ...
Autant se flinguer tout de suite que d'être condamné à relire le même livre, contempler le même tableau et écouter la même chanson ad vitam eternam, tout en pensant à toutes ces choses magnifiques dont on s'est privé définitivement...C'est proprement inhumain. 

En même temps, en écrivant cela, j'ai l'impression d'écrire l'allégorie de toute ma vie... Moi qui suis une dilettante, un papillon avide de tout voir, de tout connaître, de tout lire, de tout goûter...Moi qui déteste les spécialités, les monomanies, et que l'ennui gagne toujours très vite sans le piment de la découverte et de l'aventure.

Je n'ai jamais su choisir parmi mes "indispensables"...C'est dire combien l'exercice tient pour moi du rôle de composition. Mais par amour pour les défis impossibles et amitié pour Antiblues (ou l'inverse) j'ai accepté ce Koh-Lanta musical.

En l'occurrence, ici, je suis sommée  de choisir LE morceau de musique classique que je mettrais dans mon baluchon. Alors je vais choisir, et aussitôt, je vais penser à un autre morceau,  et je vais regretter mon choix...Rhâ...quelle galère !
-Allons Célestine, ce n'est qu'un jeu...et je suis sûr que tes lecteurs sont comme toi. Ils vont te donner LEUR morceau à emporter, pour t'encourager.
-Bon alors voilà. J'ai choisi. Quand je pense que je vais le détester, au point que je le donnerai peut-être à bouffer aux mouettes six mois après mon arrivée dans l'île, je n'arrive pas à y croire !




Glenn Gould au sommet de son art rencontre Bach au sommet du sien.
Variations Goldbergh (la version de 1981 est la plus sublime, parce qu'elle est plus lente que celle de 1955)
Une oeuvre pimpante et revigorante que j'écoute régulièrement depuis l'âge de quinze ans chaque fois que je me sens sombrer dans la mélancolie.


¸¸.•*¨*• ☆

jeudi 4 février 2016

Lipogrammes


J'écris parfois chez La Licorne.
Ses lipogrammes (textes dans lesquels une lettre est interdite)  m'ont donné l'occasion de me livrer à l'exercice avec une certaine jubilation...
J'ai pensé qu'Asphodèle ne verrait pas d'un mauvais oeil que je les glissasse dans ses jeudis poésie.

Vous essayez ? Vous vous lancez ? Il n'y a rien à gagner que le plaisir de jouer...

***
Ronsard, sans I

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Ode à Cassandre


Cocotte, assurons-nous que la rose
Ayant à l'aurore déclose
Sa robe de pourpre à la chaleur
N'a pas perdu cette vesprée
Les fronces de sa robe pourprée,
Et son hâle à ton hâle semblable.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Cocotte, elle a dessus la place,
Las, ses beautés abandonné !
Assurément marâtre Nature,
car une telle fleur ne dure
Que de l'aurore au crépuscule.

Donc, espérant que tu m'écoutes, Poulette
Pendant que ton âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Mets donc en bouquet ta jeunesse :
Comme à cette fleur, la déchéance
Dégradera tes beaux atours


***

La Fontaine sans O 


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Le Grand Freux et le Renard

Maître Grand Freux sur un arbre perché,
Tenait dans le bec un Brie de Meaux.
Maître Renard par le fumet séduit
Lui tint à peu près ce laïus :

Eh ! salut, Sire du Grand Freux.
Que tu es ravissant ! Que tu me sembles beau !
Sans mentir, si tu as un ramage
 aussi chic que ce plumage,
Tu es bien le Phénix des gens de ces futaies !

L’entendant, maître Freux ne se sent plus pisser
Et afin d’exhiber ses arpèges
 Il déplie un grand bec, et paf le camembert !
Le Renard s’en saisit, et dit : Sacré vieux sire
Veuille admettre que les flatteurs
Vivent aux dépens de ceux qui les entendent
L’argumentaire vaut bien un gruyère, n’est-ce pas …
Maître Freux,  penaud et piteux

Jura, mais un peu tard, de ne plus se faire prendre.


¸¸.•*¨*• ☆