mardi 3 mars 2015

Je ne peux pas


Photo du net


Douze choses* que je ne peux vraiment pas faire...

Oh
Non
Je ne peux
Vraiment pas
Toucher un kiwi
Boire du thé fumé
Me passer de café
Voir du sang couler
Vivre sans musique
Dormir les volets fermés
Résister à ma gourmandise
Ecouter Michèle Torr chanter
Regarder un film triste sans pleurer
Comprendre les gens qui n'aiment pas l'imprévu
M’empêcher de venir sur mon blog vingt fois par jour

Et surtout, surtout imaginer ce que serait le monde sans l’Amour !

¸¸.•*¨*• ☆

Clin d'oeil à Jeanne, Antiblues et Soène.
* Douze choses, parce que Jeanne en a mis quinze, Antiblues quatorze et Soène treize...


Alone Together by Chet Baker on Grooveshark

samedi 28 février 2015

J'y étais...



écritoire vanishingintoclouds(3)Question, inattendu, merci, gâteau, méditer, souplesse, culot, surprise, hasard, décision, inspiration, trouver, hypocrite, goéland, bataille, réflexion, objectif, tourbillonner, turban, tison.



***








Comme vous le savez, la vie offre des expériences le plus souvent inattendues, mais certaines d’entre elles sont scientifiquement écrites, nullement laissées au hasard et donc parfaitement prévisibles : il s’agit simplement de se trouver au bon endroit au bon moment. Mais n’anticipons pas. Je vous laisse un peu méditer à cette introduction mystérieuse.


Je pris un jour la décision de vivre réellement une de ces expériences hors du commun. Pas question de louper ce qui serait sans doute l’unique chance de toute mon existence. A la réflexion, il me sembla même que ne pas faire preuve d’un peu de culot, en l’occurrence, c’est cela qui aurait été le comble de l’hypocrite et pour tout dire du déraisonnable.

Oh, là, je vois à vos têtes dubitatives que ça commence à tourbillonner sec sous le turban ! Je m'oblige pourtant à une limpidité exemplaire…Vous ne voyez pas ?

Je me lançai donc dans une bataille d’arguments pour convaincre ma petite famille de partager mon épopée. Je pris une grande inspiration, et tout en souplesse, je me lançai : en somme, il ne s’agissait que d’effectuer un tout petit trajet de mille kilomètres aller-retour… pour assister à un événement très extraordinaire et très inouï. Bon, évidemment, cerise sur le gâteau, il me fallut préciser que ledit événement n’était censé durer qu’un petit quart d’heure, à tout casser.
Il faut croire que le côté déjanté de ce voyage-surprise emballa les gosses, je le vis d’emblée à leur manière de sauter sur place comme des moines shaolin sur des tisons bien rouges. Tout en poussant des piaillements de goélands.

Alors, toujours pas deviné mon défi fou ? Persévérez. Ne cherchez pas à tricher en allant voir au bas du billet...

 J’avais atteint mon objectif : vivre cet éphémère rêve qui fait soudain s'arrêter le temps, se taire les oiseaux, instaurant sur terre, l’espace d’un instant, le grand miracle de l’infini cosmique et le silence d'une étrange pénombre.
Un phénomène qui sauva la vie de Tintin et d’ Haddock, en leur temps.

Ça y est, ça s’éclaire pour vous ? Enfin, façon de parler…parce que ce jour-là, quelque part dans la campagne champenoise, la nuit est tombée en plein midi. Je dis encore merci à mes yeux de m’avoir donné ce moment.

C’était le 11 août 1999. Le jour de l’éclipse totale.


***


Pour mémoire, le 20 mars 2015, dans trois semaines, une éclipse partielle recouvrira la France. Mais pour la voir comme en 1999, il faudra être... au pôle Nord. Je crois que je ne parviendrai pas à convaincre qui que ce soit de faire le déplacement, cette fois !




mercredi 25 février 2015

Vol d'innocence

Photo du net


Ce matin, Camille pleurait. Je lui demande pourquoi. 
«Mon père m'a frappée.»
C'est vrai, elle a un gros bleu sur la joue. Et de grands yeux immenses où je lis de la détresse. Elle me raconte. 
« Ce n'est pas la première fois, souvent il s'énerve...»
Elle a peur qu'il apprenne qu'elle s'est confiée,  elle me supplie de ne rien dire. Je la rassure. J'ai envie de pleurer.
Je me dis que je dois la signaler aux services sociaux. Je remplis mon papier le coeur lourd.

A midi, une infirmière de PMI m'appelle : je dois garder Sophia et Angèle, les mettre à la cantine. Ne les laisser partir avec personne. Leur maman a eu un « souci »...
Je me dis :   « Ah flûte... ça semble grave... »

A quatorze heures, une femme arrive, pour venir chercher les fillettes. Elle se fait passer pour la grand-mère maternelle. Mais je me dis qu'elle n'a pas l'air clean, je ne la « sens » pas. Je refuse de lui donner les enfants. 

A seize heures, la maman arrive. Elle s'écroule. Sombre histoire. Séparation. Drame. Ses beaux-frères ont tout cassé dans l'appartement. Puis ils l'ont rouée de coups. Commissariat. Elle me montre ses bras. Me laisse deviner le reste. Les deux fillettes sont comme deux feuilles tremblantes. J'ai la nausée. La grand-mère mytho est en fait sa belle-mère, qui voulait lui « voler » ses filles.  La maman est sous le choc. Les petites pleurent. Je suis abasourdie.
Je ne juge pas, je me dis : « Les passions humaines sont si compliquées... Et les protagonistes  se retrouvent souvent de pauvres victimes incapables d'éteindre les incendies qu'ils ont allumés malgré eux. Démunis, impuissants. »
Mais les enfants, les enfants...ne peut-on les préserver  de cette violence ? De ce vol manifeste d'innocence...

A dix-huit heures, un père vient me chier une pendule parce que sa fille a trébuché toute seule dans la cour, qu'elle s'est légèrement éraflé le bras et qu'on ne l'a pas prévenu. Je m'excuse platement, l'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois, mais en moi-même je me dis  « Reste zen, il mérite un bourre-pif, mais reste zen »...
Vous voyez bien, que la violence engendre la violence ! Y a pourtant pas plus pacifique que moi...

Ce soir, je ne me dis plus rien. Je suis vidée.