samedi 10 décembre 2016

Coquin de Sor

Sous-titre : J'aurais pas dû écouter Sor, c'est malin.









Dis-moi, est-ce que tu pleures ? 

Dis-moi si tu laisses parfois les larmes,  ces perles d’eau douces ou amères,  dévaler tes joues en cascade, creuser comme qui rigole des rigoles de tes yeux à ta bouche qui s’entrouvre, accueillant du bout de la langue le sel de ton chagrin, ta joie ou ton émerveillement. Je ne pleure pas que de tristesse.
Mais quand la boue recouvre l’herbe, et puis l’injustice, et la folie, et toutes ces déraisons humaines où s’engouffre le mal comme un vent froid de tombe dans un tunnel... Ah, oui, faire péter la bonde, lâcher le barrage des conventions et des murs de pierres sèches dont on se barricade le cœur, les dénis, les forfanteries stupides, blindés dans le blockhaus de notre orgueil...comme si on était des super-héros...

T'es pas retourné, labouré jusqu’au tréfonds parfois, par les embûches de la vie qui t'ébahissent ? Quand tu entends une musique qui te déchire de l'intérieur, comme moi, ce soir. Ce putain de Sor me transperce. Mon père aimait Devos. Devos aimait Sor. Et moi j'aimais mon père.

Faut faire sortir le jus noir des rancunes, des peines, des désespoirs, des émotions. Sinon, jamais exprimées, ça te pourrit le corps de l’intérieur et ça ressort un jour en verrue, en furoncle, en abcès qu’on doit crever ou pire encore. 
Les larmes, c'est la douche de ton âme quand tout te sort par les yeux. C'est frais, c'est sauvage comme une averse de printemps. Tu sors de l'oeuf. En acceptant de montrer tes failles, ton humanité nue, sans fausse pudeur, tu te colmates. Pizzicato sur le violon du coeur.
Mais peut-être es-tu de ceux qui pensent que c’est faiblesse, enfantillage, aveu d’abandon misérable, lâcheté, dégradation de l’esprit... ou mode d'expression des crocodiles.
Si j'ai le choix des larmes, j'hésite pas.
Dis-moi que tu pleures aussi, quand t'as un trou béant devant toi.
Quand je suis triste, j'ai envie de consoler quelqu'un. 


Musique: études de Sor, Narciso Yepes.

jeudi 8 décembre 2016

Toujours en vertu des grands principes

Sous-titre : Aimez-vous les uns les autres, à Clochemerle comme ailleurs. Et sans poil à gratter. En vertu des grands sentiments.





Cliquez sur l'image pour écouter la chanson


A la chorale, le chef de choeur a décidé de mettre au programme du concert de Noël la (vieille) chanson des Hermanos Rigual interprétée par Los Machucambos :
« Cuando Calienta el sol »
Seulement voilà : cette chanson du diable a reçu un veto de don Padre, elle ne pourra pas entrer à l'église, parce qu'elle parle d'un homme et d'une femme qui s'embrassent sur une plage... C'est pourtant un texte bien anodin, le style slow de l'été pour adolescentes romanesques pré-pubères.
Ouh! la la ! Pensez donc, mâme Michu !... et patati et patata, voilà les bigotes chères au grand Jacques les parangons de vertu, les duègnes qui s'avancent à petits pas et confondent l'amour et l'eau bénite !

Cuando calienta el sol aqui en la playa
Siento tu cuerpo vibrar cerca de mi
Es tu palpitar, es tu cara, es tu pelo
Son tus besos, me estremezco, oh oh oh

Je traduis pour ceux qui ne sont pas en ibère nation (de rien, le Goût, de rien)

« Quand le soleil chauffe la plage
Je sens ton corps vibrer autour de moi
C'est ta respiration, c'est ton visage, et tes cheveux
Ce sont tes baisers, qui me font frémir, oh oh oh ! »

A mon avis, ce doit être les « oh oh oh » qui posent problème...les anges qui soupirent, quel son affreux ! Vive le son du canon, c'est plus clair.
Et pourtant, quelle différence avec le cantique des Cantiques ? 

« Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche !
Tes caresses sont plus douces que le vin (livre I du Cantique des Cantiques )
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de
Myrrhe, il va reposer entre mes seins. » (livre 5 du Cantique des Cantiques)

Tout ce pataquès pour une chanson de trois minutes en espagnol, à laquelle personne ne va rien capter, en fait, et qui parle juste d'amour...
« Je ne comprends rien à ce monde où l'on se cache pour faire l'amour alors que la violence éclate au grand jour » comme disait le grand philosophe du XX° siècle, John Les Nonnes.

Dans le même temps, Don Padre a protesté quand Peppone a voulu enlever la crèche de la mairie...Je trouve ça beaucoup plus grave. 
Que de querelles, bisbilles, noises, chamailleries, dissensions, litiges, différends...
C'est petit, tout ça. Tout petit. 
Moi non plus, je ne comprends rien à ce monde. 



¸¸.•*¨*• ☆



mercredi 7 décembre 2016

Délit de face, yes ?

Ma cage de farfadet, suite et fin. 
Histoire vraie, malgré les apparences.







...  J'étais en voiture et la fatigue commençait à me jeter des fourmis rouges dans les yeux. Avant qu'un micro-sommeil d'une demi-seconde de trop ne me balance dans la glissière de sécurité, puis sous un trente-tonnes, mettant ainsi un terme à ma brillante carrière de blogueuse invertébrée, je décidai de m'octroyer une pause.

Je m'installe donc sur une aire d'autoroute, dans ma cage de farfadet, réglant mon réveil sur vingt minutes et verrouillant les portières de l'intérieur, quand je vois venir vers moi une grande femme qui se met à parler en gesticulant dans ma direction. Je baisse la vitre.

- Oui ?

Elle est sans âge,  habillée d'un manteau gris clair et d'un informe pantalon gris foncé, et tout en elle est gris, ses cheveux, ses ongles, ses dents et même sa peau qui a une teinte terreuse. Elle sort comme d'un film en noir et blanc. Son regard est inquiétant, comme traqué. Elle semble très remontée. Mais elle se radoucit soudain et me dit d'une voix presque mielleuse :
- Mademoiselle, je fais du covoiturage, pouvez vous m'emmener jusqu'à Orange ?
(Orange, c'est bien la seule couleur dans ce morne portrait) 
- Du covoiturage ? réponds-je. Vous voulez dire du stop ?
- Non, non, du covoiturage « spontané ».
Je trouve ça bizarre. Le « mademoiselle » c'est sûrement pour m'amadouer.
- D'accord, mais je suis désolée, madame, il faut d'abord que je dorme vingt minutes.
- Ça ne fait rien, je vais vous attendre. Je vais aller chercher ma valise que j'ai laissée là-bas, vous voyez ? Vous êtes gentille. Tout le monde est méchant avec moi. Je n'ai pas de travail. Si seulement le patron du restaurant m'avait prise ! Allez, dormez bien, à tout à l'heure. 
Elle s'éloigne en fulminant. Je vous passe les mots fleuris à l'encontre dudit patron et de la société en général. Et pourquoi a-t-elle laissé sa valise, à cent mètres de là, à la portée de n'importe quel voleur ?
Je reste mi-figue mi-raisin, emplie de compassion, prête à écouter mon bon coeur mais en même temps terriblement mal à l'aise,  il y a trop de choses étranges dans cette femme et son comportement. Je m'endors avec un frisson horripilateur.
Et là, me voilà en proie à un affreux cauchemar :  cette femme s'assoit dans ma voiture, sort une espèce d'énorme revolver, presqu'un tromblon et m'intime de sortir. Puis elle démarre en trombe et me laisse plantée là, en emportant mes papiers, ma carte bancaire, mon téléphone, mon ordinateur...tous les trucs qu'on n'aime pas perdre, même si on n'est pas matérialiste, quoi, vous voyez...
Je me réveille tremblante de sueur.  
Alors je n'ai pas hésité : j'ai taillé la route comme une voleuse avec l'impression de sauver ma peau comme dans un thriller. Un peu honteuse d'avoir fait une fausse promesse à une pauvre femme sans doute victime de son apparence peu accorte. 
Mais tellement soulagée de cette angoisse irrationnelle qui m'avait fait fuir. Comme mue par un pressentiment négatif irrépressible.
Minable délit de faciès ou sage décision dictée par mon sixième sens ? 
Je ne saurai jamais si j'ai eu raison. J'ai juste eu un réflexe de fuite, ancestral et reptilien. Je n'en suis ni fière ni honteuse. Juste un peu interloquée.

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