vendredi 24 juin 2016

Le Lac

photo celestine


Ecrin de chlorophylle. Eaux vertes. Cygnes blancs.
C'est mon lac. Ce sont mes potes. 
 Quand je suis passée, tout à l'heure, ils étaient là. Comme à chaque fois que je vais courir. Calmes, majestueux, insouciants. Le genre qui s'en fiche du Brexit et de la chute des cours boursiers comme de l'an quarante...
Si tu avais couru avec moi, tu aurais aimé les voir se rapprocher, silencieusement, comme s'ils voulaient être sûrs d'être bien sur la photo. Cabotins, va ! 
Je suis sûre qu'ils me reconnaissent. A chaque fois, ils me demandent poliment si je suis contente de mon temps de course et de ma moyenne. Mais à leur regard, je crois bien qu'ils ne se font plus guère d'illusions sur la santé mentale des êtres humains,  et qu'ils me désapprouvent de m'agiter comme ça en tenue de flamant rose, alors qu'il fait si chaud et que l'eau est si douce...
Je n'ose leur dire que, quand j'étais petite, j'ai fait rat dans le Lac des Cygnes. Ils seraient capables de se vexer.

¸¸.•*¨*• ☆

jeudi 23 juin 2016

Puzzle

Sous titre:  « On ne fait pas entrer le carré du puzzle à la place du rond. »
Proverbe célestinien.


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Je le sais, depuis le temps, que je suis comme ça. Quand la vie se fait chameau et veut me faire passer par le chas d’une aiguille, je me cabre et renâcle.
Je suis née sous le triple signe bénéfique de la jument impétueuse, du volcan jamais tout à fait éteint et du fox à poil dur.
Je me cabre, et puis je me mets en boule, mais au sens propre. Je me boulifie, et je flotte comme un bouchon de liège dans une baignoire.
Je voulais d’abord remercier tous ceux qui ont laissé une trace d’écume sur mon sable.
Tout ceux qui m’ont lancé une bouée, du fond du cœur merci. Ah mes amis, en plus de vos passages, petites bouteilles à l’encre sympathique, j’ai reçu des dizaines de textos, de mails, de messages compréhensifs, empathiques. Bon sang ce que ça fait chaud au cœur ! Et désolée si je n’ai pas toujours répondu très vite…Ça m’a fait un bien fou de courir dans le vent loin des écrans de mes nuits noires. De redéfinir mes priorités. De trier l'ivraie et l'ivresse.
Aujourd’hui, j’arrive à prendre du recul, et à sourire de ce qui n’est au fond, qu’une grosse tempête dans la météo de la vie. Mais franchement, pendant quelques jours je n’ai pas brillé.
Une étoile rabougrie et sans feu, voilà ce que j’étais devenue. 
L’élément déclencheur est un renoncement. Une leçon que la vie m’a présentée plusieurs fois, mais j’étais sourde et malentendante. Cette fois, j’ai compris. C’est pourtant une chose qu’un enfant de dix-huit mois capte plus vite que moi : on ne fait pas entrer le carré du puzzle à la place du rond. Quand ça ne s’adapte pas, il faut arrêter de forcer comme un âne, au risque de se fracasser les phalanges, ou de briser la pièce. Mais il y a des fois, vous l'avez remarqué, où l’on a moins de jugeote qu’un enfant de dix-huit mois. Mieux vaut lâcher prise et aller voir ailleurs si on y est.

Et comme toujours, selon la loi de l’attraction universelle, les mauvaises nouvelles sont alors tombées en pluie telles des grenouilles sur la basse Egypte.
Et les fleurs vénéneuses du doute, du souci, de la tristesse se sont plantées dans ma tête, étendant leurs stolons jusqu’à mon cœur, qui a refait son numéro de tachycardie…
Doute sur moi-même, ma valeur intrinsèque, mes valeurs. 
Tristesse pour cette amie qui vient de perdre son beau-frère à 58 ans. Souci pour ma chère Olga, ombre du Crabe,  ombre de la Faux, inquiétudes, attentes et angoisses. Heureusement non fondées...quel soulagement !
Soucis pour mon père, qui a « la sono cassée » pour reprendre l'expression d'Isabelle Adjani dans l'Eté Meurtrier. Souci pour mon frère qui a dû se faire charcuter la main pour éviter la septicémie...
Bim bam ! De tous les côtés c’est tombé.
Aujourd’hui, je me sens …vous savez, quand on a chopé la grippe et qu’enfin, au bout de plusieurs jours passés dans la tiédeur un peu fétide du lit, avec les cheveux qui collent dans le cou, et des traces de sel blanc au coin des yeux, et la table de chevet jonchée de comprimés, de bouteilles de sirop et de verres vides, on remet le pied parterre, étourdi et fragile. En se disant qu’on est guéri. Mais pas tout à fait.
Convalescente, c’est ça. Je ne trouvais plus le mot. Mais pleine de la certitude que la vie est là. Toujours belle. Tapie dans le moindre souffle.
Après m'avoir supportée au sens un, vous allez devoir me re-supporter au sens deux.
¸¸.•*¨*•

dimanche 19 juin 2016

Avis de grand frais


Photographier l'orage pour oublier que la vie est parfois une tempête...
Faire une petite pause jusqu'à ce que le beau temps revienne.
Penser fort à vous tous.
Céleste
¸¸.•*¨*• ☆












vendredi 17 juin 2016

C'était à Mégara...









Répondant à l'invitation d'Anne, pour ma première participation à l'agenda ironique, il s'agissait d'obéir à une triple consigne: 
>Utiliser l'incipit de Flaubert dans Salammbô :
« C'était à Megara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar »
>Placer les mots « cannibale, fourbir, niquedouille, praliné, rentable, sautiller, tellurique »
> et s'inspirer de la photo ci-dessous.




***




Cela aurait pu se passer à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Si j’avais été Flaubert.
Ou, en moins littéraire,  à Niquedouille, faubourg de Conchy-les-Pots, dans les jardins du presbytère. Ç’aurait été drôle et décalé.
Dans le désert, peut-être,  à mille miles de toute terre habitée.
A Babylone, Kairouan, Vérone, Syracuse ou au sommet du Fuji Yama.
Ou encore au milieu d’une jungle sévère, cernée de cannibales ventrus et féroces.
Mais rien de tout cela. C’était juste sur un infime point entre ciel et moi.  Juste là. Sur l’appui de ma fenêtre un soir de juin sur la terre. Seule devant l’univers bleu nuit. Au loin, la rumeur diffuse d’un vague journal présenté par un godelureau à la mèche blonde fixée au gel,  laissait échapper les mots grinçants et lassants d’un monde en décadence.
« Profit…rentable…actions…bénéfices...»
Fuir !
Le ciel fourbissait ses plus mirifiques étoiles, diamants acérés à l’éclat impétueux ou discret,  astéries lointaines piquetées sur le sable noir de la voûte. La voie Lactée, grand jet de sperme sidéral praliné de taches plus sombres, ajoutait de la grandeur mystérieuse au sentiment qui m’étreignait. Altaïr bleuissait d'une langueur extrême.
Les petits éventails du gingko biloba sautillaient à quelques encablures, en ombres chinoises, agitées faiblement par un vent calme d’avant-tempête. Je sentis les énergies telluriques se frayer clairement en moi un chemin, en investissant mes pores, mes vaisseaux,  mes organes d’une étrange paix métaphysique. J’étais en train de glisser dans une dangereuse rêverie chateaubriantesque, imaginant que là-bas, on contemplait aussi les étoiles…
Quand, soudain, un hurlement raya le silence comme un ongle sur une ardoise et s’engouffra dans ma bulle spatio-temporelle.
La baby-sitter des voisins, une hipster quelque peu évaporée et excentrique, venait de se prendre les pieds dans une bouée et de s’étaler dans la piscine en pestant contre ces 
« saloperies de gamins trop gâtés qui sortaient tout et ne rangeaient rien ».

En quoi, je ne pus lui donner tout à fait tort.


mercredi 15 juin 2016

Injuste




















Je n'ai jamais oublié le jour où Eliette Beauchamp, cette pimbêche mielleuse qui empoisonna ma classe de septième, avait caché dans mon cartable ses pièces en plastique (qui nous servaient à apprendre à compter la monnaie) pour me faire accuser de les avoir volées. Ou pire : quand un prof m'avait punie parce que j'avais trouvé la réponse à un problème et que j'avais osé dire que c'était facile... péché d'orgueil, sans doute. 
Une blessure terrible en tous cas. Quand tu essaies de faire de ton mieux,  c'est dur à encaisser.
Le sentiment d'injustice qui m'agita alors, me secoua de tels spasmes, et ma souffrance fut si terrible, que je n'en suis pas encore tout à fait guérie...
Je n'ai plus jamais supporté l'injustice. Devant tous les films où le héros est accusé à tort, manipulé,  roulé dans la farine, je pars en vrille, tel un Don Quichotte moderne. Et quand justice lui est rendue, j'éprouve une espèce de satisfaction béate.
Adolescente, j'aimais par exemple le comte de Monte-Cristo. Je m'identifiais tellement à lui, trahi par ses amis, accusé à tort, et emprisonné...J'aimais que la vérité éclate au grand-jour, et que les veules, les perfides, les affreux soient punis à jamais. 
Si tu ne viens pas à Lagardère...A moi comte, deux mots ! Courbe-toi, fier Sicambre ! et toutes cette sorte de choses... 

Maintenant, forte de ma vieille expérience, dans ma vie personnelle, je tente toujours de clarifier les situations avant de ressentir l'arbitraire douloureux d'une mauvaise compréhension. Pour me préserver. Parce que je connais la souffrance générée par les malentendus, les interprétations, les suppositions erronées. Et la sourde colère qui me trouble alors.
Je n'aime pas trop me plaindre, vous en conviendrez, je ne suis pas du genre Calimero, mais parfois, de vieux démons viennent me chatouiller, telle l'ombre d'Eliette Beauchamp. Et je sens ma gorge se serrer. Et mes poings dans mes poches.

Et quand se rajoutent les injustices dues à la folie des hommes, ou celles du destin...j'ai parfois envie de hurler comme une louve.



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