mercredi 16 avril 2014

Organisation pédagogique


-Ciel, mais que fais-tu donc là, Célestine? (Mon ange s'exprime toujours de manière élégante)
-Ah, mon ange! Tu tombes bien. Je suis en train d'essayer de tenter d'échafauder des propositions d'organisation pédagogique pour l'année prochaine.
-En clair?
-En clair, j'essaie de voir quelles classes on va pouvoir former avec les effectifs annoncés...Classes simples, doubles niveaux, deux CP ou trois? des CM1 à 29 élèves, impossible! quel casse-tête!
-Facile, pourtant, tu divises le nombre total d'élèves par le nombre d'enseignants...
-Ce n'est pas si simple! Il faut tenir compte du niveau des élèves. Et par exemple, les 2008 sont très nombreux. On se demande ce qui s'est passé, il y a six ans, pour que les gens fassent tant de bébés...Bref, il y a beaucoup d'impondérables...et ne me réponds pas "de lapin" s'il te plaît, tu vois bien que je galère!
-Comment puis-je t'aider?
-Eh bien, si tu pouvais savoir exactement combien d'élèves vont arriver à la rentrée, combien vont partir, combien vont s'inscrire en cours d'année, combien vont devoir refaire leur année (avant on disait "redoubler" ce qui les laissait supposer qu'on émettait l'espoir de les voir redoubler d'efforts l'année suivante, maintenant on dit "faire l'objet d'une mesure de maintien dans le cycle" c'est d'ailleurs de plus en plus mal vu en haut lieu, on dit que ça ne sert à rien, mais c'est surtout parce que ça coûte trop cher, un enfant qui prend son temps...Enfin, de toutes façons, maintien au lieu de redoublement, ça revient au même. Sauf que c'est plus élégant. Ça s'appelle un euphémisme...)
-Ce ne serait pas plutôt une coquecigrue?
-Tiens, tu me rappelles l'excellent dialogue des deux porte-flingues de Michel Audiard

" -J'ai peut-être mauvais caractère, mais j'ai le glaive vengeur et le bras séculier, l'aigle va fondre sur la vieille buse! 
 -C'est chouette comme métaphore, non? 
-C'est pas une métaphore, c'est une périphrase!
-Oh, fais pas chier! 
-Ça, c'est une métaphore!"
-Oui, ha ha!  C’était du lourd, le grand Audiard...

 
-Bon, allez, trêve de billevesées, tu me détournes de mon travail, l'ange...mais, mais...où sont passés mes tableaux? Nooooon !!! Tout a disparu! Deux heures de boulot, ô rage! Ô désespoir! Open Office ennemi! N'ai-je donc tant bossé que pour voir s'envoler mes beaux tableaux en deux coups de cuillère à pot?
Dis donc, l'emplumé, tu me sers à quoi si tu n'es même pas fichu de lancer la récupération du fichier? Fatal error system! Mais? ... mais... où il est passé, cet olibrius?

***

Eh bien, vous me croirez si vous voudrez, mais ayant été lâchement abandonnée par mon ange gardien, et par les dieux (hi)lares de l'informatique, je me suis collée toute seule à refaire mes tableaux. Avec une règle et un stylo. Ça m'a pris vingt minutes. 
S’entourer des bonnes personnes et se munir des bons outils au bon moment…C’est sûrement ça, le secret de la réussite...



Sor, Study No. 5 in B by Fernando Sor on Grooveshark

Je dédie mon texte à Epamine et à Olga Laxie. Par pure solidarité.
Dessin jack l'Instit






vendredi 11 avril 2014

La libellule et le doryphore

Les mots d'Asphodèle m'ont inspiré une petite fable moderne ( enfin moderne...il faut le dire vite)


Dentifrice, délicatesse, deux, débrouillard, désirer, danse, danger, diplodocus, désordre, décalquer, drastique, douceur, dédain, désormais, dentelle, dromadaire, don, dédale, déballage, doryphore, drôle, départ, disque, déclin, distiller.


***


Au départ, ils sont si différents que l'on se demande ce qu'ils pourraient bien avoir à se dire.

Une qui est toute en douceur, en délicatesse, un corps qui danse sous le charmant désordre des dentelles, un don certain pour le bonheur, une grâce singulière, elle volette de fleur en fleur, légère et court vêtue. 

Un qui aurait plutôt la grâce d'un diplodocus ou l'air plein de dédain d'un dromadaire, le cheveu embroussaillé, le réveil difficile et l'œil ombrageux. Causant comme une pioche. Avec un mépris affirmé pour tout déballage intempestif de sentiments. 

Au demeurant, pas de danger qu'ils se rencontrent. Elle est libellule, il est doryphore, lui c'est l'ours et elle la poupée.

Mais c'est compter sans Cupidon et son arsenal de flèches assassines. Un petit débrouillard, celui-ci!  Il adore quand il y a du défi, du doute, de la difficulté. Il aime acoquiner les âmes de façon improbable dans ce dédale d'individualités.

Ça y est, vingt dieux, il leur en a décoché deux, tout pile dans le cœur, un vrai boulot de dingue! D'une précision drastique. C'est drôle comme ça le rend radieux, les métamorphoses de l'amour! C'est gagné! La belle volage interloquée, entrouvre ses ailes, le bougon célibataire endouci, sort de son cocon. C'est l'échange des fluides: elle devient doryphulle, il devient libellore. L'amour, ça vous change une bestiole!
Y a plus qu'à les laisser se découvrir, désormais, se désirer, mêler tendrement leur pâte dentifrice et leur mousse à raser...l'éternelle et folle histoire du monde se joue, là, dans cet échange de regards où l'on entend soudain comme un éclair blanc exploser et distiller l'amour dans le ciel crépusculaire... Le déclin du disque solaire qui s'effondre sur la ville annonce une nuit délicieuse.
Pendant ce temps, le sale petit bonhomme est déjà reparti décalquer d'autres irréductibles avec son arc en bandoulière et son bandeau sur l'oeil. La désillusion viendra peut-être. La distance...le divorce peut-être...Cupidon s'en fout. Il s'en bat les élytres. Il ne gèrera pas. Pas que ça à faire, non plus. Et puis quoi encore? Le SAV, c'est pas son rayon.


***



(Un petit hommage caché à Tonton Georges n'aura pas échappé à la sagacité de certain(e)(s)...)

Et puis pour le défi du samedi, le thème était la Métamorphose.Alors la lettre D imposait que je fasse coup Double cette semaine.

Photos du net
Sonatta in A. K.208 by Scarlatti on Grooveshark

dimanche 6 avril 2014

Force et tendresse



J'ai descendu dans mon jardin. J'y ai cueilli une leçon de vie.
Ce matin, une véritable explosion spermatique constellait le ciel de petits points blancs. Le peuplier voisin inondait les alentours de sa semence floconnante. C'était bien beau, bien que certainement très "allergisant" pour les muqueuses fragiles des citadins, peu aguerris aux ébats silencieux de la nature en rut.
Car au printemps, n'ayons pas peur des mots, la nature est véritablement en amour avec elle-même. Comme dit Pierre Perret qui a le sens de la litote, tout le monde baise à perdre haleine...
Voyez avec quelle obstination la moindre pousse se fait sa place au soleil ! C'est étonnant.  Les fleurs happent à pistil rabattu et tous pétales ouverts l'énergie vitale, la force de s'arracher à l'hiver. Les étamines frétillent, les rhizomes rampent, les bourgeons font péter leur gangue. Les petites mains œuvrent sans bruit pour nous offrir une symphonie.
Pour nous donner ce spectacle grandiose, vert tendre et rose doux, combien ont-elles dû s'endurcir, les petites graines... 
Moi aussi, je sors de l'hiver. Ça donne envie, tout ça, envie de défroisser ses pétales. Les événements m'ont endurcie et pourtant je me sens tout miel.


Je repense à la citation du Che:
"S'endurcir sans se départir de sa tendresse..." 


Allez, venez, ze vous emmène faire un tour dans mon zardin.





























Photos moi. Chuis fière!

Image 6 by Didier Squiban on Grooveshark

vendredi 4 avril 2014

La vertu des femmes de marins






























Daphnis



Dans la poussière crayeuse de Thèbes, sous un azur tremblant écrasé de lumière blanche, elle scrute l'horizon. Le vent de la mer fait claquer sa toge diaphane, et palpiter sa poitrine comme jamais.
Mais qu'est-ce qu'il fiche, ce pigeon? Pourquoi ne vient-il pas lui apporter des nouvelles de son tendre Pausianas ? Attendre, attendre toujours. Les affres du doute tourmentent son pauvre coeur et le mettent au supplice.


Brigitte



Dans sa robe à carreaux en tissu vichy, elle regarde le portail de son pavillon de banlieue. Les tuiles roses brillent de pluie sous le ciel mauve et le pick-up susurre un slow des Platters. Il est deux heures. Only you? Tu parles!
Mais qu'est-ce qu'il fiche, le facteur? Le facteur ne passera plus. Son bel Eddy l'a oublié. Il doit faire briller sa chevelure sombre en dansant le twist devant Patricia et Nicole sous les sunlights du Voum-Voum. Et elle pleure.



Maureen


Dans la rue piétonne où elle fait les boutiques avec Sarah, elle ne parvient pas à s'intéresser aux fringues qui la regardent à travers les vitrines, bien plus qu'elle ne les regarde. Les yeux rivés sur son smartphone, elle attend un SMS, un MMS, un snapchat, un tweet, un mail, n'importe quoi mais quelque chose, qui fasse vibrer son phone et son coeur 
Mais qu'est-ce qu'il fiche, ce Leo? Pourquoi il n'appelle pas? Elle est sûre en ce moment même qu'il la trompe avec Mélanie.  Et malgré Sarah qui lui sourit, elle tire une gueule de six pieds de long.


Rien de bien nouveau sous le soleil, finalement  ;-)
Ah... la vertu des femmes de marins, c'est beau non?







Dis, quand reviendras-tu ? by Barbara on GroovesharkMerci à Adrienne qui m'a sans le savoir inspiré ce billet...

lundi 31 mars 2014

Mieux vaut en rire





Les femmes, je ne sais pas, mais moi, là, je n'y arrive plus. Je sature grave. Et je ne voudrais pas vous lasser avec mes coups de mou, mes vieux qui partent de la caisse, et se refilent le relais pour garder la même chambre d'hôpital  chacun son tour (là c'est mon dabe qui a voulu faire du gymkhana entre les barrières municipales, résultat un fémur cassé, bingo! retour à la case départ, rha la la!)  Mon boulot que j'adore (mais un peu comme Alain en ce moment. Alain Deloin* ! Rapport à tout ce que je vous ai déjà causé auparavant).... Ajoutez-y quelques petites peines de coeur, de trèfle, de pique et de carreau par-ci par-là. Des prises de tête inutiles, des suppositions, des déceptions, des inquiétudes qui me reprennent, des bisbilles sans réelle importance...vu que tout le monde il a les mêmes! Je vous dis ça pour que vous soyez pas étonnés si malgré mon addiction à ce blog, je m'arrêtais quelque temps...

Alors je préfère vous faire sourire. Enfin j'espère.


Dialogue. Pouf. Pouf.

-Mais au juste, qu'est-ce qu'elle a eu Mamie?
-Euh...c'est compliqué. Quelque chose dans son cerveau. Ça s'appelle...
-Oui je sais: un bug de son disque dur!
-Euh...
-Ben oui,  elle a dû rebooter la bécane, et réinstaller en hardware Mamie.8.4 avec toutes les M.A.J ** de la carte mère ! C'est pour ça que c'était long!
-...Ben...Oui, c'est un peu ça, effectivement!
-Et Papi il est parti à la maintenance parce qu’on ne pouvait pas traiter son problème de pièce en hotline.

Ben évidemment ! Comment on n'y a pas pensé plus tôt, alors que c'est d'une logique tellement implacable... ;-)
J'adore discuter avec les jeunes...

Faudrait que je m'occupe un peu de Célestine.5.0 avant de cramer mon hardware, moi...Besoin d' une petite MAJ  ...


Les Cherubins ou l'amiable Lazure by François Couperin on Grooveshark
* sketch culte des inconnus
* *Mise A Jour (ben oui, y a des nuls en informatique)
photo du net

Je dédie mon billet à Ambre, la reine des petits dialogues d'ados...

vendredi 28 mars 2014

Croquer la Pomme

Cette semaine la ville est à l'honneur chez Asphodèle.

***

Voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation, pavé, visite, parc, asphalte ou bitume, bus, fuite, flâner, embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant ou constance. 



***



Pour retrouver cette fille, j'avais abandonné la tiède langueur de mon ouest natal, planté là  ma ferme, mes bêtes, ma vie, et ce léger vibrato des bourdonnements d'abeilles, à la tombée du jour. J'avais troqué le réveil au chant du coq pour les embouteillages, et découvert ahuri la hauteur insensée des immeubles new-yorkais.
Pour retrouver cette fille, j'avais débarqué un matin à Penn Station,  sur l'asphalte brûlant d'une rue emplie de ce son urbain si particulier, un free-jazz de pneus crissants, de sirènes de voitures de police hurlant dans l'ombre des colosses de béton, d' avertisseurs de taxis pestant dans la cohue de la foule.  Moi le plouc aux allures de cow-boy mal léché, j'avais renoncé à ma notoriété au village pour un anonymat total, j'étais devenu fourmi parmi les fourmis arpentant sans flâner,  sans relâche, le pavé et le bitume, avec pour seul indice un numéro de téléphone à moitié effacé. J'avais évalué la maigreur de mes chances de la retrouver à peu près égale à zéro. Environ mille deux cent cinquante combinaisons possibles. Mille deux cent cinquante coups de fil à donner, dans mon mauvais anglais rocailleux de l'Oregon. Il me semblait que visiter avec constance, chaque musée, chaque théâtre, chaque librairie, chaque arrêt de bus, chaque lieu de vie ou d'animation, me prendrait moins de temps et serait moins fastidieux...Peu à peu, l'écrasante beauté de la ville, cette ville musicale, bluesy à mort, eut raison de moi et m'instilla son venin dans le sang. Après des mois à regarder chuter le soleil derrière Manhattan, à m'arracher le plexus à gueuler sur chaque pont,  à sentir l’odeur poisseuse et aigre des heures de taf et de métro derrière les sourires fades et désespérés…Ma fuite en avant me sembla absurde. Je n'eus plus un dollar en poche et renonçai à retrouver la fille. La fille qui m'avait embrasé l'âme.

Mais un jour, dans Central Park...

Time After Time by Chet Baker on Grooveshark