mardi 28 octobre 2014

Je ne sais pas


Funambulles 2014 ©



Je ne sais pas comment se forme le vent
Je sais juste sa caresse dans mes cheveux

Je ne sais pas de quoi est fait le sable
Je sais juste le sentir filer entre mes doigts comme de l'or

Je ne sais pas comment tourne le monde
Je sais juste que je veux être dans sa ronde

Je ne sais pas dissimuler mes sentiments
Je sais juste qu'en chaque être se cache un trésor

Je ne sais pas faire un plan d'épargne
Je sais juste épargner mes amis et leur donner le meilleur de moi

Je ne sais pas compter
Je sais juste combien d' étoiles illuminent vos yeux 

Je ne sais pas cuisiner
Je sais juste goûter du bout de ma langue la petite miette de gâteau égarée à la commissure de tes lèvres

Je ne sais pas la langue de bois
Je sais juste la langue du coeur

Je ne sais pas prier
Je sais juste m'emplir de gratitude

Je ne sais pas pourquoi j'aime la vie
Je sais juste que je l'aime



Bleacher Boy by Mary Dillon on Grooveshark

vendredi 24 octobre 2014

Réquisitoire

Asphodèle revient enfin avec un thème très fécond, puisqu'il s'agit de complicité. ..






Regard, secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture, partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige, empathie, ensemble, amants, nacrer, nomade, noir.


***


Ah, mes fidèles confidents, laissez-moi donc  vous narrer la désagréable mésaventure qui m’est arrivée dernièrement.
 Imaginez-vous, donc,  que  je me suis retrouvée soudain dans le box des accusés, au fond d’un lugubre tribunal de province chichement éclairé.
-Mais enfin, que me reproche-t-on ? M’entends-je bafouiller d’une voix mal assurée.
Le président me lance un regard noir. Il s’adresse au procureur qui entame alors une impressionnante diatribe.

« L’on vous accuse…Euh…l’on vous accuse de troubler l’ordre public. Parfaitement. Par vos écrits subversifs et sulfureux. Votre… blog... (à ce mot, le président esquisse une moue nauséeuse comme s’il s’agissait d’une crotte de nez collée sur son calepin)... ce blog dont vous êtes si fière, n’est qu’un ramassis de bêtises, voire d’inepties sans nom. D’incitations à la rêverie, au farniente, à la gourmandise et toutes sortes de péchés capiteux.
-Mais, monsieur le Procureur…
En outre, vous faites preuve d’un insupportable narcissisme, un égotisme échevelé qui frise l’indécence, allant jusqu’à étaler pleine page vos yeux de poisson mort et vos cheveux teints. Affirmez donc, après cela, que vous ne cherchez pas à tirer à vous la couverture !  Je vous demande un peu, mesdames et messieurs les jurés, si vous trouvez cela correct, cet aguichage permanent, et  cette connivence que l’accusée établit  avec ses lecteurs…poussant l’empathie, qui sait, jusqu’à partager leurs secrets de draps et d’alcôve…Cela, bien sûr, si l’on doit en croire les commentaires de certains de ses aficionados les plus proches, qui s’entendent comme de sacrés larrons, à moins que ce ne soit qu’une façade pour mieux évincer chaque rival…
-Mais…monsieur le Président…
-Vous tramez, dans votre officine de bas étage, des textes parfaitement malséants que vous ne sortez de vos tiroirs que pour inciter le peuple à réfléchir, sur les problèmes d'éducation ou d'écologie, et,  pour exciter les folliculaires, vous osez émettre des « opinions »  sur des sujets aussi divers qu’épineux, alors que vous savez bien que c’est parfaitement interdit ! Vous écrivez des billevesées sur la magie des flocons de neige, les galaxies lointaines, les fils d’araignée que « nacre le soleil frémissant de l’aube », et autres calembredaines qui se veulent poétiques ou spirituelles, évanescentes en un mot…mais, tombant dans une pathétique dichotomie bipolaire,  vous vous mettez soudain à parler avec virulence dans une langue fleurie de mots grossiers à la Frédéric Dard, pour fustiger à corps et à cri une vénérable institution nommée Eduknatt...à moins que, comble du ridicule,  vous ne grattiez votre guitare pour faire semblant de chanter et arracher les oreilles des passants…
Qui croyez-vous duper, mademoiselle Troussecotte? Nous savons bien, nous, que tout cela, ce ne sont que codes et noms d’emprunt, dissimulant une redoutable organisation anarchiste sur laquelle, heureusement, nous avons mis la main
-Mais…mais…
-Cessez donc de bêler comme une bique ! Je n’ai pas terminé !
 Pour finir, donc, votre blog n’est en réalité qu’un sombre repaire d’amants de Vérone, de fleurs du mal, d’oiseaux nomades ou de visiteurs du soir. Vous y usurpez des identités variées, capitaine de bateau, maîtresse ou violoniste. N'importe quoi, vraiment! Vous y fomentez sans cesse la révolution. Vous y distillez des idées de paix et d'amour parfaitement incompatibles avec la logique implacable du monde actuel.  Le simple fait que vous vous réclamiez de dangereux complices comme Pierre Dacque, Boris Viyand, Léof et Ré, Georges Brassince,  Ray Monqueno ou Zazie Danlemétro, et Jean Passe... prouve définitivement votre culpabilité. Je requiers la peine maximale, et vous condamne à être enduite de sel et léchée par une chèvre jusqu'à ce que mort s'ensuive. 
La parole est à la défense ! »


C’est à ce moment-là que je me suis réveillée, évidemment. Je ne doute pas qu’ensemble ou séparément, vous auriez quand même trouvé deux ou trois arguments pour m’éviter la corde. Enfin, le supplice de la bique, je veux dire.  ^ ^

Photo du net
Suite No. 2 in B minor, BWV 1067 Badinerie by Bach on Grooveshark



lundi 20 octobre 2014

De plume et de plomb





Les films que j'apprécie le plus au cinéma sont ceux que, petite, j'appelais "les films de vie". Je les préfère depuis toujours aux péplums, westerns et autres épopées fantastiques... Les portes y claquent, les gens y rient, pleurent, souffrent , aiment, détestent à un rythme effréné. C'est la vie des gens, quoi.
Les dix jours que je viens de passer ressemblent de près ou de loin à une de ces ébouriffantes sagas. 

J'aurais aimé vous faire rire, pour mon retour sur la planète blog, après une aussi longue absence...mais dans ma dimension professionnelle, (qui a pris un air de quatrième dimension d'ailleurs, tellement on marchait sur la tête ) j'ai eu à subir, outre la frénésie habituelle de fin de période,  l'ire de mères en colère qui m'ont malmenée de façon très incivile, allant jusqu'à m'enregistrer avec leur portable, alors que je n'étais absolument pas responsable de ce qu'elles me reprochaient. Je ne suis pas du genre à fuir mes missions, vous me connaissez, mais là, j'ai éprouvé un immense sentiment d'injustice et d'abandon de la part de la hiérarchie qui m'a envoyée seule "au charbon"pour régler ce qui n'était au final qu'un manquement grave de la susdite hiérarchie.  Les aléas du métier sont de plus en plus imprévisibles et parfois très anxiogènes, et j'en ai été choquée plus profondément que je ne le pensais... 
Je cherche d'ailleurs un cours de vaudou accéléré pour apprendre à planter des épingles dans des poupées. Ça pourrait me servir un de ces quatre, si  Jargonos* ne se calme pas.

Pour le deuxième épisode ubuesque, mon amie Berthoise a parfaitement résumé la situation dans son billet "prise de chou et plantage". Là franchement, je préfère en rire, tellement c'était pathétique. Les errances du mammouth finisent par devenir franchement pitoyables.

Bref, les vacances sont arrivées à point nommé pour remédier à l'état de vieille pantoufle bouffée aux mites dans lequel je me trouvais vendredi soir. Il me faut donc me rendre à l'évidence: je ne parviens pas à me faire aux nouveaux rythmes scolaires...et le bur-naoute m'a une fois de plus frôlée, malgré ma vigilance et des doses massives de yoga et de méthode Coué. Résultat: un déglinguement général de la machine, et une furieuse envie de me déconnecter.  Des médias, des écrans, des mails, des textos, et même des blogs...De tout. Un besoin de silence. 

C'est là qu'une lettre de ma fifille chérie m'a mis les larmes aux yeux. Pfiouuu, ce que ça peut-être bête une mère...(Au point où ils en étaient, mes pauv' zyeux,  de toute façon, j'étais en mode éponge) Pourquoi, quand on est épuisé, pleure-t-on même pour quelque chose de gai ? Elle me demandait simplement si je pouvais lui rapporter tout un tas de petits bazars qui lui appartiennent, et qui traînent depuis un brave moment dans sa chambre et ailleurs. Et alors j'ai réalisé qu'après tous ses faux départs elle quittait enfin vraiment définitivement la maison. Les vingt-quatre dernières années me sont revenues dans la poire d'un seul coup. 
Bon elle ne part pas dans les mines de sel, non plus, hein, faut rien exagérérer...son premier nid de jeune femme libre et indépendante ressemble à un petit paradis, et je m'en réjouis.



Comme je me suis réjouie de ce temps merveilleux, estival, et des multiples occasions de sourire que m'a offertes ce premier week-end à la mer. Attends, on est en octobre, là ?  De petits bonheurs alternatifs après les larmes. Un plaid en velours tout doux pour mon froid au coeur. Et après une semaine de plomb, la joie de reprendre enfin ma plume.



*Jargonos, pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, c'est ma chef...





Photos Célestine

Karen's Theme (instrumental) by Carpenters on Grooveshark