vendredi 18 juillet 2014

Chaud les marrons et froid (bi)polaire


Chut! Asphodèle se plaît à nous faire aimer le silence cette semaine.
Pour l'occasion, et pour donner suite à mon dernier billet, j'ai concocté deux textes.
A vous de choisir...ou pas!





Essentiel, réserveregard, félicité, observer, musiqueminutenuit, agneau, son, muet, méditationapaiser, angoissantjustesse, jacaranda, jouer.



***



Gentille

Il est un lieu où j’aime aller m’asseoir. C’est un petit rocher rond et pointu à la fois, propice à la méditation, un promontoire émergeant des sapins comme un caillou posé sur un brocart vert. On l'appelle le rocher du trou du Diable.  Là-haut, il n’y a jamais personne. Sans doute parce que pour les randonneurs aguerris, il est dépourvu de charme et trop facile d’accès, mais qu'il est bien trop ardu pour les simples promeneurs. J’aime la justesse de cet équilibre, moi qui balance sans cesse entre deux pôles, sur le fil ténu de mon funambulisme naturel.
 Je le crois surtout méconnu, insoupçonné, car non-indiqué sur les cartes. Peut-être parce qu'il ne mène nulle part. J'y ai pourtant fait de grands voyages intérieurs, depuis le temps!
Au regard d'un monde trop balisé, c’est une chance inespérée, de posséder un tel endroit (presque) secret. Enfin, quand je dis posséder, ne vous méprenez pas : c’est plutôt lui qui, par sa magie unique, me possède toute entière, quelle que soit l’heure où je monte, des étincèlements de l’aube à la nuit qui s'effondre dans un concert d'étoiles. En vingt minutes chrono, je me retrouve juchée au bord du monde, à écouter la musique de mon cœur s’apaiser, pour me délivrer le son clair et émouvant de l’authentique silence. Déjà, enfant, adolescente, j'aimais à m'y retrouver seule face à moi-même, plus par défi que par pur besoin contemplatif à l'époque. Mais déjà, il y avait cette envie de prendre de la hauteur, de m'extraire du monde pour me prouver quelque chose.
Il se joue là comme l' acte essentiel d'un petit théâtre personnel, le moment d'examiner mes décalages, mes blocages, mes pataugeages pitoyables.
 Tel un vieux chef Navajo sous son jacaranda, qui sort de sa réserve (hi hi!), j’observe mes tremblements d’agneau et mes faims de loup s'entrecroiser, cohabiter, se jauger, se toiser, et finalement s'accepter. Pas facile! Mais indispensable pour avancer. C'est toujours ainsi que parmi les herbes hautes de mon existence, je retrouve mon chemin. Et que je tente d’aplanir, de chasser, de classer sans suite, de vains tourments et d’angoissants songes creux,  pour goûter à cette félicité muette de l’instant : je suis vivante,  libre et aimante, je suis moi, je m'aime comme je suis, qui m'aime me suive et tout le reste n’est que lie, et ratures, comme j’aime à le répéter à ceux qui voudront l’entendre. 
Pour les autres, j’ai envie de leur dire gentiment de passer le leur, de chemin.



Méchante 

Franchement, vous l'avez trouvé bien, le texte gnan-gnan ci-dessus? En tous cas, moi, faudrait vraiment que j'ai rien d'autre à foutre pour jouer à ce jeu idiot. Les Plumes de l'été...je vous demande un peu. Feraient mieux de se les fourrer quelque part, z'auraient l'air moins cons. Aligner des phrases pour concocter des textes qui se veulent spirituels, à partir d'une réserve de mots hétéroclites proposés par une bande de blogueurs qui se croient fins alors qu'ils ont l'esprit tordu...Un truc comme "jacaranda" par exemple. Comment voulez-vous le placer de façon naturelle? Ne comptez pas sur moi pour porter un regard complaisant sur ces fadaises. Je préfère observer de loin: il y a ceux qui produisent un truc en quelques minutes, d'autres à qui il faut bien la semaine pour pondre leurs dix phrases,  et encore, bancales bien souvent. Enfin, l'essentiel c'est qu'ils y croient, sans doute... Pfff..Ça me laisse muette de navritude ce truc, (oui, je sais, ça n'existe pas et alors? je dis ce que je veux!) 
C'en est angoissant tellement c'est pétri d'auto-satisfaction et de prétention. Certaine rajoute même une musique aux sons sirupeux à souhait, comme si le texte ne dégoulinait pas assez déjà. Après,  il y a le supplice de la visite aux autres textes. Quand on s'est bien absorbé l'indigeste lecture d'une vingtaine d'insipides productions pseudo-littéraires et capillo-tractées, jusqu'à la nausée et une heure avancée de la nuit, qu'on a bien félicité, flagorné en tous sens sans oublier personne, ça repart pour une nouvelle collecte. Ah mes agneaux! la dernière fois, j'ai frôlé de justesse l'apoplexie,  c'est pas possible un truc pareil...et pour m' apaiser, pas la peine de me proposer de la méditation transcendantale, je trouve ça tellement ridicule, de bayer aux corneilles,  les yeux fermés et les bras en pot de fleurs...Allez, je ne vous salue pas!













Sonate pour flûte et harpe en fa majeur : Romanze by Jean-Pierre Rampal, Lily Laskine on Grooveshark










samedi 12 juillet 2014

Méchante

Cette chère Madame de K., connaissant mon goût pour ces maniements de plume,  ces passes de muleta scripturale appelées défis d'écriture, ou encore exercices de style,  me proposa il y a quelques jours de me lancer, avec d'autres, dans sa nouvelle aventure littéraire.
Il s'agirait d'écrire un épisode de la vie d'une vraie méchante, Garce Kelly.
Afin de nous mettre dans le bain (d'acide) elle agrémente son propos de quelques figures emblématiques de la méchanceté, Cruella, Tatie Danielle, Tullius Détritus...
J'acceptai avec enthousiasme.
Mais il fallut vite me rendre à l'évidence. Inventer la vie et surtout les agissements d'une méchante allait me demander un énorme effort, comme celui de me glisser dans un rôle de composition.
Oh, ne voyez pas là une prétention quelconque...Je ne suis pas en train de vous dire que je suis une vraie gentille. Ni même d'en tirer gloire ou avantage. Non... Je dirais même que c'est plutôt un handicap, quand on veut dépeindre la noirceur de l'âme humaine, que d'être obligée de se creuser pour être méchante. Combien de fois, dans un conflit, ai-je désespérément cherché une bonne grosse saloperie à balancer à la tronche de mon adversaire? Combien de fois me suis-je retrouvée bête sans aucune répartie cinglante dans mon grand sac de Mary Poppins? Cela ne fait que peu de temps, au final, que je suis capable de convoquer mon côté obscur de la force pour leur montrer qui c'est Raoul, à tous ces cons.
Je sais que cette noirceur se cache au fond de moi, comme chez tout le monde. Que j'ai sûrement, bien enfouies sous des couches et des couches de bonne éducation, des pulsions inavouables, comme tout un chacun. Il va donc me falloir gratter les peaux mortes de mon épiderme mental pour faire luire un peu de méchanceté graisseuse, comme un sébum oxydé obstruant les rares comédons de ma conscience.

Passionnant non? 

Edit. de 20h19
Voilà, mon texte est publié sous le titre "entretien d'embauche"
 Merci Madame de Keravel!
Les autres textes sont absolument ébouriffants de méchanceté! Le mien, à côté, c'est de la roupette de chansonnier...




Ne manquez pas d'écouter ça au passage, c'est jouissif




lundi 7 juillet 2014

Fabienne


15 Décembre 1957
Lettre de Camus à son instituteur.


-" Cher Monsieur Germain,

- J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon coeur. On vient de me faire un bien trop grand honneur que je n'ai ni recherché, ni sollicité. Mais quand j'en ai appris la nouvelle ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre encouragement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais elle est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le coeur généreux que vous y mettez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève.

Je vous embrasse de toutes mes forces."

Albert CAMUS. 

4 Juillet 2014
-Fabienne, 34 ans, professeur des écoles, poignardée à Albi...

N'est-il pas temps de se demander où va une société qui foule aux pieds l'image de ses maîtres?  Aujourd'hui, j'ai mal à mon école. 
J 'ai mal à mes valeurs. J'ai mal à Camus.



A lire si vous le désirez
lettre ouverte d'une enseignante à Albi
Instit, un métier exposé