mercredi 28 janvier 2015

Présent décomposé

Décidément, j'adore mon métier...
Hier, je tentais d'introduire dans les cerveaux pétillants de mes chers élèves quelque notion de conjugaison, en utilisant l'ardoise. En clair,  j'essayais de faire acquérir par  une approche didactique vivante et ludique une notion complexe de morpho-syntaxe.

Bref, je faisais le passé-simple.
(Il faut que je vous précisasse que dans notre sabir du terrain, (qui n'a rien à voir avec les circonvolutions bouleversifiantes du jargon de nos têtes pensantes, et dont vous aviâtes un moultième aperçu dans mon précédent billet) dans notre sabir, donc, "faire" signifie: aborder un point du programme. 
Tu as fait la Révolution ? pas encore, là je suis en train de faire les fleuves.)

Quand soudain, je m'aperceva subitement qu'un élève s'appliquait anormalement (car ce n'étions pas de son fait habituellement) en tirant la langue (après coup, je compris que ce geste n'avait rien à voir avec une quelconque application ou désir de bien faire...mais plutôt avec...euh...mais n'anticipons pas.)
Je m'approchis de lui discrètement et je voyâme qu'il écrivaillait plus que de raison sur sa tablette. Ah...la belle âme ! m'exclamationnai-je en moi-même tout de go. Lui que je crussais imperméable à la rédaction, le voili qui se lance dans l'écriture d'un texte. Avec des mots formationnant, de loin en loin, des phrases...ô joie !

Cependant, en y regardant de plus près, je tombis en arrêt devant une prose si fleurie et si poétique que je frisus l'apoplexie.
Comment était-ce possible que de telles idées, et surtout exprimées de façon si ...imagée, germussent dans la tête d'un enfant de onze ans ? (Enfin, quand je dis la tête...je me comprends)

L'explication de ce prodige me fit déchanter sec, hélas ! j'en resta comme deux ronds de flan et ma déception n'eut d'égale que mon ahurissement: ce que je prenassiez pour de l'invention n'était en fait que pur plagiat d'un grand artiste émergeant et encore injustement méconnu, j'ai nommé Nicolas le Pervers. (Je fus en cela habilement conseillée par une stagiaire, plus au fait que moi des évenements cucul-turels et musicaux qui agitent le PAF, qui me mit au parfum. Comment ai-je pu ignorer un tel talent ? )

Je n'ai pas le coeur de citer son texte, je vous laisse découvrir ce pur chef-d'oeuvre de liberté d'expression.
Sachez, ô vous, chers géniteurs d'apprenants, que lorsque vous croyez votre potache en train de réviser consciencieusement ses verbes sur son Ipad, il est sans doute en train de faire son auto-éducation sexuelle avec Nicolas, et de se forger doucettement une image des rapports hommes-femmes qui fait rêver...
C'est moi qui n'ai plus d'humour, ou une certaine idée de la France est en train de se décomposer ?




Sonata in E Minor, K. 292, L. 24 by Scarlatti on Grooveshark

dimanche 25 janvier 2015

Questions existentielles




Ma chère maîtresse...mais qu'a-t-elle donc ?
Je la trouve chiffonnée. Elle qui m'interdit expressément d'explorer le tambour de la machine à laver, m'étonnerait pas qu'elle ait essayé, et subi un essorage en règle. J'aurais dû la surveiller...
Il paraît que les hommes sont devenus fous...Moi, je crois qu'ils le sont depuis toujours. Mais que vaut mon avis de chat ? 

Elle passe de longs moments  à scruter le ciel pour y chercher soi-disant des réponses à ses questions. Je l'entends fredonner ses points d'interrogations,  ça fait quelque chose comme " C'est quand le bonheur? " Il paraît que Cali pige. ...Je lui demanderai à l'occasion.

Elle est allée voir un film très beau, ça se voyait aux étoiles de ses yeux en sortant. L'histoire émouvante d'une fille qui veut devenir chanteuse alors que toute sa famille est sourde. Ah ouais, je vois le genre ! C'est un peu comme si j'avais annoncé à mes parents que je voulais adopter une souris... Elle, elle a pleuré sur le sens de l'existence en buvant du lait grenadine.

Elle est allée voir  une conférence sur la littérature qui lui a semblé intéressante. Surtout quand la conférencière a avoué publiquement qu'elle n'a jamais su enseigner à l'école primaire parce que c'était trop difficile. Là, je suis d'accord. La polyvalence, c'est super dur. Je la vois travailler le soir, tard, j'essaie de la distraire en m'asseyant sur son paquet de copies, en mordillant le fil de la souris, mais rien à faire. Tant qu'elle n'a pas fini, elle ne me regarde même pas. Mais je crois qu'elle se demandera jusqu'au bout si elle sait enseigner...

Moi je pense qu'elle aurait bien besoin d'aller un peu s'asseoir dans le foin coupé de sa colline. Sous sa chère Voie Lactée de velours et d'ambre. 

Mais j'y pense...Moi aussi, j'ai une question existentielle, et de la plus haute importance.
"C'est quand le printemps ?"

Miaou


Sultry by Joe Pass on Grooveshark

mercredi 21 janvier 2015

Quand je dessine


Funambulles

























Quand je dessine, c'est comme si l'univers venait à moi,  comme le font les arbres au bord de la route: mais oui, vous savez bien, quand la vitesse les fait courir vers nous comme s'ils voulaient nous embrasser...
(Quelquefois d'ailleurs,  ils nous embrassent vraiment, hélas, dans un grand bruit de tôles fracassées...)
Je n'y pense pas, le fracas s'arrête au pas de la porte. Toute à mes pinceaux et mes crayons, dans le calme absolu des soirs et des matins, je médite, je capte les rayons de lune et cueille, dans des cages de soie, les oiseaux, les roseaux, les chats, les papillons. Le temps de les tracer sur la toile des songes, et je les libère, tout comme se libèrent en moi mes vieux démons grimaçants.
Ça me fait un bien, si vous saviez...

Elle, c'est ma funambulle. Mon ventre, mon coeur,  mes larmes.  Mon sourire intérieur.
Elle contemple le monde, brillant comme un diamant sur les mares endormies. Elle est seule.
Elle est moi, je suis elle et je m'y réfugie. Sa chevelure me console, m'enveloppe. Elle me soigne.

Quand je dessine, le monde devient beau, soudain.
  L'espace d'un dessin, le temps d'une bulle...


Sonata in B flat major K545 by Domenico Scarlatti on Grooveshark



dimanche 18 janvier 2015

Scarlatti, Neruda et moi.





On m'a dit récemment que je « pensais trop ». 
Je pense beaucoup, je l’avoue. Je n’en fais pas mystère. Mon cerveau ne me laisse pas en repos.
« Je pense, donc je suis. »
Monsieur Descartes, en suivant votre logique, si je « pense trop », suis-je trop ?
Est-on jamais trop ?…
A l’heure où « avoir » prend le pas, ou semble le prendre en tous cas, dans l’inconscient collectif des sociétés fondées sur l’argent,  « être » n’est-il pas la seule façon de survivre, pour l’humanité ? Comment les hommes, un jour, comprendront-ils enfin que l’on peut être soi sans nier l’autre ?

Pour ma modeste part, telle une aiguille de boussole affolée par les ondes magnétiques d’un aimant qui s’approche, je cherche seulement à essayer d’être moi-même à nouveau, après ce coup de sirocco, à émerger doucement de la phase d’incrédulité sidérante dans laquelle m’ont plongée les derniers événements.

Les temps sont rudes pour les gens qui doutent ! Pour les poètes, les troubadours, les funambules, les saltimbanques, les musiciens. Les cueilleurs de rêve. Les idéalistes. Les romanesques, les bisounours. Ceux qui n’ont que leurs bras pour embrasser et leur cœur pour aimer.
Je reconnais mon incompétence à comprendre les rouages de la haute voltige politique. Je constate ma dualité, mes incohérences, mon impuissance, mon humilité. J’admets mes failles égotistes, mes limites de femme épantelée par la vie. Je lève les yeux vers les étoiles et je n'y vois qu'un silence mortellement glacé et coupant comme un diamant. J'avoue chercher ma voie et ma raison dans les signes qui me parlent.

Alors, sur un sol spongieux, quand tout vacille, que la tête me tourne, que  tout semble mou, instable, brumeux, fuyant, la musique de Scarlatti et celle des mots de Neruda accueillent le raisonnable, l'unique et le sublime comme une île solide sur laquelle je prends appui, un rocher dans l’ouragan de mes incertitudes.
Il me semble que j’y retrouve un peu de la sérénité qui m’a quittée il y a dix jours.

Je crois même y apercevoir quelques amis fidèles qui me tendent la main. Vous y êtes,  lecteurs chéris, vous qui savez trouver les mots justes, vous qui traversez les mêmes doutes, vous qui savez surtout, que l’espace d’un blog n’engage que son auteur. Et que personne ne détient la vérité, puisque celle-ci est à jamais au fond d’un puits.



Délivre-moi de moi. Je veux quitter mon cœur. 
Je suis ce qui gémît, ce qui brûle et qui souffre. 
Je suis ce qui attaque, ce qui hurle, ce qui chante. 
Et non, je ne veux pas être cela. 
Aide-moi à briser ces portes colossales. 
Avec tes épaules de soie arrache à la terre ces ancres. 
Pablo Neruda.






Scarlatti: Sonatas Kk. 87, 197, 466 by Domenico Scarlatti & Kosmas Lapatas on Grooveshark

mercredi 14 janvier 2015

Contre-coup





J'aurais voulu écrire quelque chose de gai. Quelque chose de léger après les affres des derniers jours. Mais je n'aurais pas été vraie. Je n'aurais pas été moi. 
J'ai au fond du coeur une tristesse qui ne passe pas. La lave d'un volcan a inondé mes poumons et mes lèvres. Je ne peux plus respirer.
Je n'aurais pas dû lire tout ce que j'ai lu ces derniers temps. Je n'aurais pas dû lire, ni écouter, ni regarder autour de moi. Mais c'est trop tard, j'ai lu. Je n'y ai vu que de la cendre. De l'horreur. Du désespoir. De la vengeance. De l'ostracisme. Du fanatisme.
J'aurais aimé ne pas recevoir certains messages.
J'aurais voulu ne jamais avoir à vivre tant d'émotions négatives.
J'ai peur. Je pleure. Et je me sens seule dans l'univers. Toute petite et perdue dans mes rêves idiots. Je voudrais voir la mer, et me coucher en position foetale à même le sable. Ne plus bouger. 
Elle est où, la goutte d'espoir qui me manque pour faire repartir la machine ?


Je ne comprends rien à ce monde. 




Photo du net

Sonata in F minor K466 by Domenico Scarlatti on Grooveshark