jeudi 16 avril 2015

L'ego land




Mais que je suis fière de cette photo...Quelle merveille ! Oui, vraiment, une réussite.
Comment ça, ce n'est pas beau de se vanter ? Alors on n'aurait pas le droit de juger objectivement le fruit de son travail ? Enfin, euh... de son inénarrable plaisir, plutôt ?
Bon d'accord, le soleil était ardent et doux à la fois, le ciel d'un bleu à se damner, les fleurs tout juste écloses, d'une blancheur de lait. Les pétales floconnaient, les rus glougloutaient de la fonte des neiges. Les bourgeons dressaient fièrement leurs turgescences boutonneuses dans l'air du matin calme...
Mais c'est quand même bien mon oeil d'artiste incomparable et suréminent qui a fait tout le boulot, non? 
Je suis sûre qu'en plus de vous esbaudir le regard sur les couleurs chatoyantes, vous sentez littéralement, dans mon sublime cliché, le délicat parfum de miel des étamines en rut, vous éternuez au pollen volatil chatouillant subrepticement vos narines, vous entendez la mouche encore somnolente qui vrombit au premier envol du thermomètre et les mésanges qui font crac boum hue  dans les buissons. 
Le printemps, quoi.
Et dites voir, en vous forçant un tout petit peu, vous n'iriez pas vous étendre sur l'herbette en sa verte nouveauté ? Même que là, si ça se trouve, enluminés de primevères, vous glisseriez tout de go dans une rêverie salutaire, oublieriez tous vos soucis, auriez envie de chanter Manon ou la Tosca, ou de tricoter des bottes aux araignées ...et en poussant le bouchon un petit peu plus loin,  l'idée pourrait bien vous venir de faire comme les mésanges...
Et je n'aurais pas le droit de trouver ma photo réussie, avec tout ça ?
Keskifopa entendre...





Dream a Little Dream of Me by Yiruma on Grooveshark

dimanche 12 avril 2015

Ces mots qui nous pétrissent




A un ami qui me confiait se sentir un peu vide, j'ai répondu: "Quand on est vide, c'est que l'on est prêt à se remplir, c'est mieux que d'en avoir plein le dos !...et je suis polie" ai-je rajouté pour épicer d'une pointe d'humour mon propos.
Les paroles optimistes me viennent toujours naturellement et sans calcul. Je pense que celles-là lui ont fait du bien. Mais je ne saurais dire que j'aie en toute circonstance la même sagacité, même si je fais toujours très attention à la portée de mes mots. Il arrive qu'un mot déclenche une sorte de tsunami chez les autres, et l'on ne comprend pas, alors, ce qui a provoqué cette tempête. On se retrouve comme l'enfant qui a appuyé sur un bouton sans savoir que celui-ci mettait en route une machinerie énorme et incontrôlable.
En gros, et pour faire simple, on reste con. Dans le sens démuni, interloqué, abasourdi. Et au final, impuissant à enrayer le processus. J'en ai fait l'expérience il y a peu : le fossé entre le mot et la réaction induite est tellement énorme !

Je n'échappe pas à cette règle universelle. Nous sommes constitués des mots que nous avons entendus toute notre vie, et des expériences heureuses ou malheureuses qu'ils évoquent. Enfin surtout de ces dernières, à vrai dire. Il nous faut alors convoquer toute notre énergie, notre rationalité,  pour repousser les influences maléfiques, quasi paranormales, de ces mots fatals, et en même temps, évidemment,  rassurer celui qui les a dits.
Car un mot ou une phrase innocents peuvent me faire partir en vrille. Ainsi, le mot clown, pourtant bien joyeux par définition, réveilla dernièrement en moi des blocages, des peurs, des effrois même, que je croyais enfouis dans les strates de l'enfance. Je n'aime pas, que dis-je, je déteste les clowns, pourquoi, je ne sais pas, j'ai sans doute été terrorisée par un de ces masques pâles à la bouche écartelée et sanglante... Je me souviens d'une crise de panique en découvrant le "joker" de Batman. Et ne parlons pas de ces abrutis qui s'amusaient il y a peu à terroriser les gens dans la rue. Ni du roman de Stephen King, "Ça", dont je commence à peine à pouvoir regarder la couverture sans trembler...
Car aujourd'hui, vous voyez, je parviens à en parler. Je me sens moins vulnérable. Mon chemin vers la sérénité passe par des catharsis successives. En me concentrant aussi sur tous les mots positifs que je reçois comme des présents.

 Ne pas avoir peur des mots. Apprendre à s'affranchir de ce qui ne peut paraître qu'un assemblage hasardeux de lettres, mais qui est en réalité le substrat de notre existence humaine. Toutes ces phrases qui nous projettent involontairement et amèrement dans un mal-être de petit enfant craintif et abandonné.

Tenir à distance, museler ses propres angoisses, ses propres faiblesses et les changer en force en leur tordant le cou. Et avancer tranquillement sans craindre ses vieux démons, en les regardant bien en face.

Voilà le défi d'une vie.



To Be Alone With You by Sufjan Stevens on Grooveshark






dimanche 5 avril 2015

Sørensen

Sørensen




Si vous tapotez Sørensen dans un moteur de recherche, il y a gros à parier que vous tomberez sur un footballeur, ou, au mieux, sur le chimiste danois qui a inventé le pH,  qui est, comme vous le savez sûrement, une échelle permettant de mesurer l'acidité ou la basicité. Et pourtant, c’est aussi le nom d’un groupe de sludge metal fondé en 2014 par deux étudiants en biochimie, qui ont trouvé intéressant le nom du Danois, assez percutant. « Porteur », comme on dit dans la com. Et si porteur était l'abrégé de « porte-bonheur » ? Il a une bonne tête de porte-bonheur, ce barbu, je trouve, avec son sourire d'oncle d'Amérique.
Ils ont enregistré, gravé sur vinyle, leur premier disque dans un studio professionnel, et rêvent sans doute à leur premier concert qui aura lieu à Lyon le 23 avril, en première partie d’un autre groupe plus connu mais dont le nom ne vous dira rien, parce qu’entre nous, le sludge metal, ce n’est pas forcément ce que nous écoutons le plus. Enfin, du moins je le suppute. 
Mais alors, pourquoi en parler, me direz-vous ? Il se trouve que sur la pochette du disque, le beau jeune homme à gauche, au regard lointain, c’est mon fils…Allez, cliquez sur la photo pour l'agrandir...
Vous sentez combien la fierté gonfle mon cœur de mère ? Il est si heureux de poursuivre son rêve, je le sens si content et si plein d’énergie, que son bonheur me fait du bien. Par ricochet. En pluie comme du sucre en poudre.




Søren Sørensen 1868-1939
Edit du 6 avril
A la démande yénérale dé quelques ounes d'entré vouss, yé vous mets la vidéo.