dimanche 21 septembre 2014

Les liens subtils




Il m'arrive d'éprouver des sensations que certains d'entre vous trouveront peut-être saugrenues, car inexpliquées par la science dite "officielle". 
Les ondes, les fluides, le magnétisme, les atomes crochus ou non, les bonnes et les mauvaises énergies qui circulent entre les êtres, tout cela m'affecte  ou me perturbe . Bien souvent, je n'ose avouer  que je distingue nettement l' aura des gens que je rencontre, j'ai peur que l'on se moque de moi, ou que l'on me croit tout simplement un peu dingue.

 Et pourtant, comment vous décrire cette lumière qui émane de certains êtres, et le puits obscur de négativité sans fond que sont certains autres ? Comment comprendre que je me sente émerveillée et remplie au contact de l'un, et vidée, essorée comme une serpillière en face de l'autre ?
Comment dire cette intuition qui m'alerte ou me rassure sur les motivations et les ressorts profonds de ceux qui croisent ma route ? Alors bien sûr, je fais souvent taire, au nom de la raison ou de la simple humanité, mes réticences, mes appréhensions, mes pressentiments. "Mais non, ma vieille, tu te fais des idées, c'est sûrement quelqu'un de bien..." Et si j'ai eu dans ma vie plusieurs fois l'impression de m'être trompée lourdement , c'est que j'avais  simplement été sourde à mon sixième sens qui criait gare.

J'ai aussi la conviction que le corps et l'esprit sont étroitement reliés. La somatisation est un langage, que certains se refusent à écouter. Et pourtant le corps parle. Et les maux sont ses mots.
J'ai vu, de mes yeux vu, conjurer des brûlures par un guérisseur : je vous assure que ça fait un choc ! Les guérisons spontanées, les placebos qui fonctionnent, les vrais jumeaux qui restent reliés au delà des mers  et ces chats qui retrouvent leurs maîtres, même à des centaines de kilomètres...par quels invisibles fils sommes-nous donc guidés ?
J'ai découvert un jour le poème de Baudelaire sur les Correspondances*. Ah mes amis ! Les deux premières strophes m'ont bouleversée,  par leur mystérieuse et sombre luminosité.

En ouvrant ma fenêtre ce matin, j'ai regardé le ciel encore impressionné comme une pellicule, par les zébrures de la nuit. Une nuit d'orage tonitruante. Le levant rougeoyait timidement, un vent calme et frais agitait les arbres comme après la tempête.  
Je me suis sentie...comment dire ? Connectée. Reliée profondément aux choses. Une respiration primale m'a soulevée du sol, j'étais bien. Apaisée. C'est difficile à expliquer, bien sûr, mais je ressens très fortement ces liens subtils, qui me rappellent, comme le dit  ce cher vieil Hubert Reeves, que nous ne sommes que de la poussière d'étoile. "Dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté..."
Quelques grammes de carbone, d'azote, d'oxygène, qui constituent l'essentiel de notre mystère. Telles les fleurs ou les abeilles...
Depuis toujours, je crois,  je les vis, je les sens, ces liens subtils, ces correspondances baudelairiennes.
Messieurs et mesdames les scientifiques émérites...Allez-y, mettez-vous au boulot!
Oui, il en reste tant, des choses mystérieuses à élucider...





La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. [...]




Cauldron of Healing by Kevin Kern on Grooveshark


mercredi 17 septembre 2014

Une enfance aventureuse







J'ai vécu dans mon jeune temps quelques dangereuses expériences. A la réflexion, je me demande même comment j'ai survécu à tant de turpitudes !

Mon père m'avait offert un jour un minuscule brûle-parfum en forme de lampe à huile. Je  remplissais le réservoir d'eau de Cologne, qui montait par capillarité le long d'une mèche de coton, comme dans les vraies lampes. Je grattais une allumette et hop!  La flamme prenait une couleur verte du plus bel effet à travers le verre coloré. Cela répandait dans ma chambre une délicieuse et indescriptible odeur d'alcool chaud et parfumé. Au grand dam de ma mère, qui prétendait que j'allais me rendre malade à respirer cette cochonnerie, ou mettre le feu à la baraque...
J'ai gardé longtemps cet objet qui n'était précieux que parce qu'il venait de mon père. En réalité, il n'avait aucune valeur marchande, de nos jours on aurait appelé ça un gadget, mais le mot n'avait pas encore été inventé par Pif le chien. 

Photo wikipedia

Ah! Pif ...et son plus célèbre gadget, les Pifises...Qui n'a jamais entendu parler des Pifises, cette "poudre magique" offerte par le célèbre magazine, et qui était censée donner vie en quelques jours à de petits êtres vivants que l'on regardait s'ébattre dans des bocaux de verre... Nos mères observaient ça, horrifiées et dégoûtées à la fois, inquiètes comme si c'était le diable en personne...Les bestioles au contact de l'eau salée, reprenaient vie, j'appris bien plus tard qu'il s'agissait de spécimens d'Artemia Salina, un crustacé microscopique...
Les Pifises ne firent pas long feu, ma mère dut les laisser partir "malencontreusement" dans le lavabo, car à mon retour de l'école, elle prit un air mystérieux pour me dire qu'elle ne comprenait vraiment pas ce qui avait pu se passer...

Pour consoler mon air dépité, elle me donna un franc que j'allai aussitôt dépenser en bonbecs (les mêmes que dans la chanson de Renaud). Il faut bien admettre que les colorants et les produits chimiques les constituaient à quatre vingt dix-neuf pour cent. Mais en réfléchissant bien, les poudres pétillantes que nous sniffions avec des pailles n'étaient-elles pas, de surcroît, des plus tendancieuses ? Et le fait que la poudre était vendue encapsulée dans de l'hostie ne changeait rien à l'affaire: on nous chevillait bel et bien le vice dans la peau, subrepticement et à notre corps défendant. Enfin toujours d'après ma mère, bien sûr, qui s'arrachait les cheveux devant tant de dépravation de la belle jeunesse...

Bref, c'est ainsi qu'ayant échappé par miracle à mon triste et triple destin de junkie pyromane et zoophile, je suis devenue directrice d'école.


Blind Film by Yiruma on Grooveshark

samedi 13 septembre 2014

Vacances romaines

Pour ce nouveau rendez-vous des plumes d'Asphodèle, on avait double ration de mots. Je ne sais pas choisir, j'ai tout pris...


regrets, engranger, boue, repos, découverte, hélianthe, regain,  bond, imprévus, recherche, espièglerie, confiture, allégresse, jubilation, noctambule, brume, respirer, dépaysement, magnifique,  bleu, marais, maudit, myriade, rien, sourire, montagne, déménagement, soleil, question, sagesse, océan, ivresse, tempête, lune, rêve, emménager, mer.



***


Dans sa psyché elle se mire,  nue, avec la ferme intention d'être sans complaisance pour elle-même. De traquer les signes du temps afin que de n'être pas surprise. Mais dans la brume de ses songes, montant comme d'un marais  sous une lune  affable, une étrange jubilation l'étreint. 
Elle s'aime comme elle est, finalement. 
Elle s'aime du bout des yeux, du bout du cœur. Elle se désire. Et de ses doigts fiévreux, caresse ses creux, ses plaines, ses montagnes, à la découverte d'elle-même.  Son corps respire fort et son cœur fait des bonds dans  sa poitrine , qui devient soudain somptueuse et opulente.
Un rêve. Ça y est, dépaysement total, elle devient actrice italienne, elle est Sylvana Mangano superbe, arrogante et sauvage, devant le Colisée, ennuagée d'une myriade de paparazzi ...
Elle est Claudia Cardinale tourbillonnante, époustouflante dans une robe Versace, sur la Piazza Navona écrasée de soleil. 
Elle est Monica, Vitti ou Belluci, magnifique, dans un écrin d'hélianthes et d'asphodèles, sur une terrasse dominant la cité éternelle, délices des palaces romains pour le repos imprévu des stars. Elle signe des autographes d'une main lasse. A la recherche d'elle-même.
 Elle est Sophia Loren sur sa vespa, étourdie jusqu'à l'ivresse de  Valpolicella, dans l'ombre fraîche des ruelles  du vieux Rome, souriant avec l'espièglerie d'une belle enfant, serrée contre Marcello Mastroianni. Maudit Marcello, si noctambule, si ténébreux. Si volage surtout... Elle aurait aimé être une de ces belles italiennes, oui. Et dans sa hâte, elle en oublie beaucoup, de ces déesses aux formes généreuses...
C'est la tempête dans sa mer intérieure, son océan,  un rien l'emporte et la submerge,  elle n'aime pas avoir de regrets. C'eravamo tanto amati*...murmure-t-elle en s'abandonnant.
 Nulle sagesse ne viendra jamais emménager dans sa cervelle. Au contraire, les bonheurs engrangés, les questions sans réponse, les regains d'espoir, les bleus à l'âme, la boue changée en confiture, et les allégresses en chagrins, c'est une volte,  un tourbillon, un déménagement perpétuel dans sa tête. Mais c'est comme cela qu'elle s'aime. Et les jambes tremblantes, elle regarde son miroir lui sourire.

*Nous nous sommes tant aimés

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