lundi 16 octobre 2017

Simplicité

Photo Céleste










« Tu prendras la route, l'ancienne, celle qui grommelle entre les arbres, tu sais, celle que les Ponts et Chaussées ont abandonnée en 1910, après la construction des tunnels. C'est un chemin désormais, plein de cailloux pointus qui y ont poussé à l'aventure des hivers claquants de gel.
 Gare-toi à côté du petit pont. La route serpente à flanc de colline, tu verras, c'est doux à suivre. Les pins noirs et les érables flamboyants ombragent le parcours. Marche un bon quart d'heure, jusqu'au virage qui emmène le pèlerin vers le nord. Tu verras, il y a une maison grise, sur ta droite. Avec un vieil arbre tordu par le temps, sur le devant. Arrête-toi un peu, regarde le panorama. Assieds-toi. Oui, prends le temps, l'été indien est formidable cette année. »
J'ai suivi le conseil de Blanche, la vieille aveugle. Je suis allée m'asseoir là, à midi, les bras nus, la peau brûlante. Les yeux comme lavés d'émerveillement.
J'ai senti le paysage monter vers moi, comme un ventre dru qui se soulève. C'était la respiration de la terre. Le grand poumon tellurique gonflé d'air cosmique. L'air vibrait comme un bébé qui sourit en dormant.
Tout était simple et lumineux, ce ciel dégoulinant de bleu sur la ligne des crêtes, ces parcelles d'herbe, de prés de sainfoin, ces arbres pinceaux, ces maisons miniatures, ces collines touffues. 
Une phrase a surgi en moi, qui disait un peu ceci :  « Le malheur doit-il forcément passer par les routes ?  N'y a-t-il pas assez de place au-dessus de la tête des hommes, entre leurs cheveux et les nuages ? » 
Une phrase épinglée au hasard de lectures nourrissantes.
J'ai senti se blottir, se mijoter, de grands remous dans les replis mordorés de mon coeur, boursouflé de bonheur comme une brioche sortant du four. 
Et j'aimerais, oh oui j'aimerais, enfin j'aurais très envie, enfin je vais essayer que dorénavant mon maître mot soit ... « simplicité ». 

(à suivre)






Musique: Schubert, Sérénade

mardi 10 octobre 2017

Nuits en satin blanc

Poème pour celles. Et pour ceux.









Cette nuit 
Fluide et ardente 

Elle offre à la lune à l'été haletante
la douceur suave de ses rondeurs blanches
Ses globes capiteux 
palpitent et
frôlent le satin
N'est-elle pas
Goûteuse et divine

languide et affalée
Posée là
Immobile inassouvie
Remplie
Des eaux éclairées
De la nuit du fleuve 
Elle relève
L'ourlet du désir
De sa jupe agacée, trop serrée

son corps sage frémit
au tréfond
Laissant à son hôte délicat
Le soin d'y trouver refuge
Et la main
et les doigts
et autre chose encore
courant sous la lumière blafarde
 dans les plis du velours
et l'onde chatoyante 
L'amante ondule 
un doux vent ténu court 
sur ses cheveux fins
répandus lourdes vagues
les Moody Blues trouent l'air là-bas, au lointain du bal de minuit
Volupté sans pudeur
 insolemment 
à son amant
elle soupire
elle ruisselle
elle s'enroule
Le chat à la fenêtre s'étire 
moelleux comme un gros loukoum blanc
cependant qu'un long fil 
étourdi intenable
elle le sent doux chaud
se dévider en elle de son cocon de soi
semence féminine
odeur pâle et sucrée
langueur fébrile
tandis que sur ses lèvres fond un baiser 
mouillé de la rosée du soir
et que son corps exulte 
en un 
cri...

Ouf  il était temps ...
L'orchestre maintenant joue Un gamin d'Paris.

¸¸.•*¨*• ☆

Musique: Nights in white satin
Moody Blues

vendredi 6 octobre 2017

De l'audace, encore de l'audace

 « Ce que vous pouvez faire ou rêvez de faire, commencez à le faire. L'audace est porteuse de génie, de puissance ou de magie. Commencez dès maintenant. »
Goethe







Cher Goethe

Vous avez raison. Il y a un avant, et un après.
Avant certes, c'est dur. C'est âpre. J'y va-t-y ?  J'y va-t-y pas ? J'arrête ? Je continue ? Je tourne à droite ? A gauche ? Je saute ou pas ? Je m'accroche, ou je lâche prise ? 
Ah que d' affres interminables z'et douloureuses pour les indécis. Des nuits de doute, d'insomnie, à être transformés en tambours de machine à laver, à tourner le pour et le contre, jusqu'à l'essorage final.
Mais après... après...Vous avez raison.
On se sent des ailes après voir pris une décision. Quelle qu'elle soit. Aussi délicate ou difficile soit-elle. C'est comme quand on vous perce un truc plein de pus. Ou qu'on vous enlève une écharde du doigt. Ou un vieux plâtre qui vous immobilisait.
Tout l'univers conspire à vous aider, à vous prouver que vous avez bien fait, que c'était le bon choix.
La route semble s'aplanir toute seule, les embûches rentrent dans le sol comme les clams ou les coques qui s'ensablent en un éclair de bulle et que connaissent bien les pêcheurs de perles. Tout devient lumineux. Vous n'êtes plus le mollusque. Vous devenez la perle.
C'est grisant, cette sensation de tapis rouge déroulé devant soi par la vie. C'est puissant. C'est magique et vertigineux. Cela vous donne une force intérieure éblouissante.
Vous avez raison là-dessus. J'ai testé des dizaines de fois. Eh bien, ça marche, j'ai envie de vous dire.
Ah, une chose encore.
Je sais que par le terme audace, vous ne désignez pas l' insupportable culot de ceux qui écrasent les autres pour arriver à leurs fins. Ceux dont Audiard disaient qu'ils osent tout.
Ni la témérité inconsciente de ceux qui se lancent tête baissée sans réfléchir aux conséquences de leurs actes.
Non. Je sais que pour vous, l'audace est simplement une affaire entre soi et soi. Une magnifique et géniale façon de se mesurer à soi-même. Et de se faire (enfin) confiance.


¸¸.•*¨*• ☆